Fu Baoshi, un regard moderne sur la tradition. Partie 1.

Partie 1 : l’artiste, la tradition, et la politique.

Fu Baoshi (1904-1965) est l’un des peintres Chinois les plus connus du XXe siècle. Héritier de la grande tradition de la peinture chinoise, il a cependant su s’approprier les codes ancestraux pour apporter aux sujets traditionnels un nouveau regard, un nouveau souffle et une nouvelle interpréation. Son utilisation personnelle de l’encre et du pinceau, sa maîtrise technique, sa grande sensibilité et son don pour la peinture de paysage comme pour celle de personnages, sont des éléments qui rendent les oeuvres de Fu Baoshi d’une beauté fascinante et d’une grande profondeur émotionnelle. Parler de l’oeuvre de Fu Baoshi en quelques mots serait comme tenter de de maîtriser les flots bouillonnants des torrents qu’il représente dans ses œuvres, c’est pourquoi il sera l’objet de plusieurs articles thématiques. Le premier de ces articles sera consacré à la peinture de personnages tirée de la littérature chinoise et à la façon dont Fu Baoshi s’est servi des mythes fondateurs de la culture chinoise pour exprimer son sentiment sur la situation politique de son pays, au milieu du Xxe siècle.

Une brève biographie de Fu Baoshi.

Fu Baoshi

Fu Baoshi

Fu Baoshi est né en 1904, à Xinyu, dans la province du Jianxi dans une famille de paysans pauvres. Cal Bears Jerseys A la mort de son père, lorsqu’il avait 11 ans, Fu Baoshi commence à travailler dans un magasin de porcelaines. C’est également à cet âge qu’il commence à observer les peintures, calligraphies et sceaux en vente dans les boutiques avoisinantes à le sienne1. Il apprend seul la calligraphie, et pour aider financièrement sa famille, très vite il grave des sceaux. nike air presto bambini Sa passion pour les sceaux l’amènera à publier, par la suite, une Etude de la copie des gravures sur sceaux, en 19302. Grâce à son don artistique, et à l’aide d’amis, il entre dans une école privée, puis dans une école secondaire, dont il sort diplômé en 19283. Il part ensuite pour le Japon, où il étudie la sculpture et les Beaux-Arts orientaux à l’Institut impérial des Beaux-Arts du Japon, tout en travaillant à ses propres œuvres. Il gardera de ce voyage une certaine influence japonaise dans sa manière de peindre et de composer ses œuvres. En 1936, il devient professeur de Beaux-Arts à l’Université Nationale de Nanjing. Pendant 10 ans, entre 1936 et 1946, son style se forme peu à peu. under armour pas cher Il publie de nombreux ouvrages consacrés à la peinture chinoise et à ses peintres : L’art pictural de Chine, La peinture de paysage et de personnage de Chine, Les peintures des Tang et des Song, etc you can try here. Sa grande connaissance de l’histoire artistique de son pays, et la profonde admiration qu’il avait dans les œuvres de ses prédécesseurs, l’ont amené à étudier de près les grandes œuvres du passé et à son tour, à représenter lui aussi des thèmes classiques issus de la culture traditionnelle lettrée 4, à une époque où son pays subit l’un des bouleversements historiques les plus important de son histoire.

Qu Yuan, un symbole au coeur de la tourmente politique.

C’est une erreur de croire que l’on peut peindre n’importe quoi, quand on possède une certaine technique de l’art traditionnel. La peinture devient alors quelque chose de rigide, de mort, de stéréotypé, qui ne suggère rien de nouveau5

En effet, plus qu’un témoignage de son admiration pour l’histoire culturelle et artistique de son pays, la représentation de thèmes classiques dans les œuvres de Fu Baoshi est également une manière pour lui de réaffirmer la spécificité culturelle de la Chine, son identité nationale, au moment où le pays subit des transformations importantes6. C’est aussi une façon détournée de faire passer certains messages en réponse à des évènements politiques. C’est le cas, par exemple, de l’une de ses œuvres les plus célèbres, où l’on peut contempler le portrait du poète Qu Yuan.

Qu Yuan

Qu Yuan, par Chen Hongshou, XVIIe siècle.

Qu Yuan, par Chen Hongshou, XVIIe siècle.

Auteur du Li Sao (Rencontre avec la tristesse en Français), un poème en partie auto-biographique et des Neuf Chants notamment, Qu Yuan est l’un des plus grands poètes chinois. Il a vécu lors de l’une des périodes les lus agitées de l’histoire de la Chine, celle des Royaumes Combattants, qui précède l’unification de tous les royaumes par le premier empereur de Chine. Sa biographie figure dans les Mémoires Historiques ( Shiji )de Sima Qian, célèbre chroniqueur Chinois de la période des Han. Né vers 340 avant notre ère dans une grande famille du Royaume de Chu, il mena une carrière au poste de secrétaire privé du palais sous le roi Huai. Il est écarté du pouvoir à la suite de calomnies d’un fonctionnaire jaloux, Shang Guan. Faute d’avoir suivi les conseils politiques de Qu Yuan, le roi Huan est ensuite fait prisonnier du roi du Royaume de Qin. Son fils, qui lui succède, exile par rancune Qu Yuan. Par désespoir, il se suicide vers 290 avant notre ère, en se noyant dans la rivière Miluo.

Fu Baoshi, Qu Yuan, 1942

Fu Baoshi, Qu Yuan, 1942

En 1942, l’année de la réalisation de cette œuvre, Guo Moruo, un poète, écrivain et dramaturge, s’était inspiré de Qu Yuan pour écrire une œuvre en cinq acte controversée, dans laquelle il exprimait à travers le poète son patriotisme et son soutien à la guerre, et son refus à la capitulation. Qu Yuan apparaissait alors comme un symbole d’intégrité, du fait de son histoire7. C’est pour faire écho avec l’oeuvre de Guo Moruo que Fu Baoshi réalise une peinture centrée également sur la figure de Qu Yuan. Sur cette œuvre, on peut observer le poète debout, au bord de la rivière Milo dans laquelle il s’est donné la mort. Nike Air Jordan 5 Womens
Le poète a le regard perdu au loin et le visage soucieux, émacié. Les hautes herbes qui l’entourent, ses vêtements et les flots de la rivière suggèrent le frémissement du vent. L’attitude calme, sereine du poète, exprime la dignité et la ferveur patriotique qui animait les intellectuels et les artistes, du temps de Qu Yuan comme de celui de Fu Baoshi. De fait, Fu Baoshi peindra de nombreuses fois la figure du poète qu’il admirait.
L’instabilité politique de la Chine depuis la chute du pouvoir impérial de la Chine, la guerre civile, puis la guerre Sino-Japonaise, ont marqué Fu Baoshi, ainsi que nombreux de ses contemporains, et ont exacerbé cet esprit patriotique et nationaliste, qui transparaît dans ses œuvres.

Petit aperçu politique, depuis la chute du pouvoir impérial jusqu’à l’avènement de la République Populaire de Chine.

En 1911, le pouvoir impérial, incarné en la personne du petit empereur Aixinjueluo Puyi, est remplacé par un nouveau régime politique, la République. L’incapacité du pouvoir impérial de s’ouvrir à des réformes et à la modernité a eu raison de ce régime qui gouvernait la Chine depuis près de 2000 ans. Jusque dans les années 20, la Chine connaît une période de forte instabilité politique, en proie aux luttes entre les différentes coalitions militaires qui cherchent à s’emparer du pouvoir laissé vacant par la mort du général Yuan Shikai. Nike Air Max 2017 Dames roze

En 1920, Sun-Yan Tsen, considéré parfois en Chine comme le « Père de la Chine moderne », travailler à réunifier le pays à travers son parti politique, le Guomindang (Parti national du peuple), notamment grâce à l’aide d’un autre mouvement politique naissant, le Parti Communiste Chinois. A sa mort, en 1925, un de ses lieutenants, Tchang Kai-Chek ( Jiǎng Jièshi), reprend les rênes du parti, et s’oppose à Mao Zedong et au PCC, ainsi qu’à leurs méthodes terroristes. Nick Marshall – Auburn Tigers Jerseys Un conflit armé éclate entre les deux partis, et provoquent une guerre civile en Chine, que l’invasion de la Mandchourie par les Japonais, en 1931, ne parviendra pas à apaiser, malgré le risque encouru par le pays, puis la nouvelle vague d’invasion en 1937. A la fin de la Seconde Guerre Mondiale, en 1945, la guerre civile reprend. Le régime nationaliste de Tchang Kai-Chek, soutenu financièrement par les États-Unis pendant la guerre, perd définitivement l’exercice du pouvoir suites à ses défaites militaires face à l’Armée Rouge Communiste menée par Mao Zedong, notamment durant l’hiver 1948-49. Le 1er octobre 1949, Mao Zedong proclame l’avènement de la République Polulaire de Chine.

Ces sentiments, exprimés à travers les émotions de personnages mythiques de la culture chinoise, se retrouvent également dans un autre thème lié à Qu Yuan, et souvent repris par Fu Baoshi tout au long de sa carrière, celui des deux Déesses de la rivière Xiang.

En 1943, Fu et sa femme, Luo Shihui, lisent le recueil des Chants de Chu. Fu est particulièrement touché par la mélancolie qui se dégagent du poème de la Déesse de la Xiang. NIKE FREE 5.0 Il décrit assez bien les sentiments patriotiques qui l’animent alors. Ce poème conte la triste destinée deux concubines de l’empereur Shun, l’un des cinq empereurs légendaires de la Chine. Nike Air Max 90 Donna Grigie

Ne pouvant survivre à la mort de ce dernier, elles se donnèrent la mort en se noyant dans la rivière de la Xiang. Celles qu’on appelle par la suite la Dame et la Princesse de la Xiang sont devenues les déesses titulaires du fleuve, que les poètes rencontrent parfois au bord de ses rives. Elles sont également un symbole de désir amoureux, de nostalgie et de sacrifice. Adidas Zx 500 Heren Elles sont été représentées de nombreuses fois par les peintres Chinois à travers les siècles, à l’instar de Zhao Mengfu, Zhong Wo, Du Jin, Wen Zhenming, Qiu Ying ou encore Zhang Daqian.

Deux phrases du poème ont particulièrement retenu l’attention de Fu Baoshi8 :

Le doux murmure du vent d’automne,

Sur les vagues du lac Dongting, les feuilles tombent.

Fu Baoshi, Dame de la Xiang, 1952

On retrouve l’illustration de ces vers dans sa peinture datant de 1952, où ils sont inscrit sur le côté gauche de l’oeuvre, ainsi que la phrase « Livraison à Shaanbei pour joindre la guerrilla », écrite par Guo Moruo. L’oeuvre représente une femme, débout un font où apparaissent les eaux mouvantes du fleuve. Le vent fait virevolter les feuilles autour d’elle. Sa beauté traditionnelle est inspiré du canon physique des femmes représentées par le célèbre peintre de la dynastie des Jin de l’Est, Gu Kaizhi (352-300 avant notre ère), que l’on peut observer par exemple dans l’une de ses œuvres les plus connues Les exhortations de la monitrice aux dames du palais9.Vues de trois quart, les femmes ont une silhouette menue, des vêtements amples, et un visage aux joues pleines. Les yeux, étirés, faisaient l’objet d’un traitement particulièrement soigné chez Fu Baoshi, capable de repasser jusqu’à dix fois le même trait pour obtenir la profondeur de couleur souhaitée.

Gu Kaizhi, Les Admonitions de la monitrice aux dames du Palais.

Gu Kaizhi, Les Admonitions de la monitrice aux dames du Palais.

Le peintre a représenté plusieurs fois ce sujet. Les déesses sont représentées ensemble, selon a tradition de la représentation de ce poème, mais Fu Baoshi, en reprenant un autre vers du poème, « La beauté qui attend au milieu de l’île », représente parfois une des déesses seule, debout sur la berge, regardant au loin, mélancoliquement. Elle rappelle alors la figure de Qu Yuan.

En s’inspirant des mythes anciens, et des œuvres de ses prédécesseurs, Fu Baoshi se place lui-même dans la continuité de la tradition artistique chinoise. Néanmoins, Fu Baoshi a su donner à ces mythes une nouvelle interprétation, en lien avec le contexte historique qui marque la Chine de a première moitié du XXe siècle. Dans une période de bouleversement et d’instabilité, avec le renversement du régime impérial qui régnait en Chine depuis 2000 ans et les guerres, la réaffirmation d’une continuité culturelle permet aux artistes d’évoquer un sentiment d’unité dans un pays divisé et d’affirmer un sentiment patriotique face à l’invasion Japonaise. Qu Yuan est alors érigé comme un symbole fort, étendard de la nouvelle Chine qui se reconstruit.

Le prochain article consacré à Fu Baoshi traitera de sa technique novatrice d’utilisation de l’encre et du pinceau, ainsi que son application dans ses spectaculaires peintures de paysages.

Rétrospective de l’exposition du MET : Chinese Art in an Age of Revolution, Fu Baoshi.

Notes

1Trois milles ans de peinture chinoise, p. 334.

2Idem.

3Wu Linsheng, Techniques de Fu Baoshi, in Littérature chinoise, 1985, p. 69.

4 Anita Chung, Modern Master Fu Baoshi (1904-1965), Orientation, septembre 2001, p.93.

5Cing grands peintres Chinois, La tradition au Xxe siècle (Paris, Musée d’art moderne de la ville de Paris, mars 1982-mai 1982), cat.exp., Paris, 1982,

6 Anita Chung, op.cit, p.93.

7 « Chinese Art in an Age of Revolution: Fu Baoshi (1904-1965) » Metropolitan Museum of New York. p.86.

8Idem, p. 182

9Trois mille ans de peinture chinoise, p.337.

Pour aller plus loin :

Wu Linsheng, « Techniques de Fu Baoshi », Littérature chinoise, 1985.

Anita Chung, « Modern Master Fu Baoshi (1904-1965) », Orientation, septembre 2001.

Cing grands peintres Chinois, La tradition au XXe siècle (Paris, Musée d’art moderne de la ville de Paris, mars 1982-mai 1982), cat.exp., Paris, 1982,

Chinese Art in an Age of Revolution: Fu Baoshi (1904-1965) » Metropolitan Museum of New York.

 

Y. Xin, N. Chongzheng, L. Shaojun, R.M. Barnhart, J. Cahill, W. Hung, Trois mille ans de peinture chinoise, Arles, 2003.

Eric Lefebvre, Six siècles de peintures chinoises, œuvres restaurées du musée Cernuschi, (Paris, Musée Cernuschi) cat.expo.

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